• Il se fait déjà tard, sûrement.

    Beltaine approche, les nuits se font de plus en plus tardives.

    Et je viens d'entamer ma troisième chope, j'en suis à oublier la fatigue de ma longue journée à marcher vers la Forêt de Rennes. Je me suis arrêté à l'auberge d'une petite bourgade qui, justement, se trouve à l'orée de la forêt. C'est très bien pour moi, j'ai bien fait de ne pas m'arrêter sous la pluie. Demain matin, je n'aurais pas besoin de marcher longuement pour arriver jusqu'aux bois. Par contre, il n'y a pas âme qui vive dans cette auberge. Pas d'histoire à entendre, ce qui ne m'arrange guère. D'une part, boire seul n'est jamais très plaisant, mais ne pas avancer dans son aventure, voilà qui est encore plus désagréable pour une soirée.

     

    5 - Dame Lune

     

    J'ai ouïe dire de la part du Chevalier Keu lors de notre rencontre en Normandie qu'une âme isolée demandait de l'aide, ici, dans cette si petite bourgade. D'ailleurs, c'est quoi son nom à ce patelin ? Saint-Solstice de la Forêt ? Je ne suis plus sûr et ce n'est pas ma troisième chope qui va m'éclaircir à ce sujet...

     

    Cela ne servait à rien de rester dans l'auberge. Je suis alors sorti dehors pour me changer les idées, découvrir le patelin, et surtout voir au moins quelque individu.

     

    ***

     

    5 - Dame Lune

     

    Je longeais tranquillement les vestiges de l'abbaye quand une main me prit le bras. Bien sûr, histoire de bien me rendre fou, il n'y avait personne. Pourtant, la prise était suffisamment forte pour tirer mon bras. Ne voulant pas m'enfoncer dans des interrogations inutiles, je m'allongea au sol. Je n'avais pas commandé de chambre à l'auberge. D'abord par ce que je n'ai plus un sou (la bière bretonne est chère ici), puis il fait vraiment doux ce soir, à l'inverse de cette journée tanguant entre pluie et éclaircies.

     

    Allongé entre les murs de la grand abbaye, je contemplais ce bel Astre qu'est Luna. La Déesse des âmes en perditions, dont ses rayons nocturnes transperçaient désormais le toit de l'ancienne maison du Dieu Unique. Elle est généralement timide, mais ce soir elle ne s'était pas privée de se blottir contre moi. La tête me tournait, (j'en remercie la bière bretonne, je commence seulement à comprendre pourquoi elle était si chère). Mais elle semblait s'en moquer. Elle voulait seulement se blottir contre moi. Dormir. Rêver. Voyager ses rêves, mes rêves...

     

    5 - Dame Lune

     

     

    « Pourquoi ne vas-tu pas au Nord ? le long du fleuve de La Manche, tu peux y trouver la personne que tu cherches. »

     

    « Je ne sais même plus si je la cherche, cette personne... » Lui répondis-je. Puis on ne causa plus. Seules les douces caresses dessinaient l'ambiance romantique et paisible qui régnait entre les ruines de ce vieux monde. C'était un rare moment de paix que me procurait cette longue embrassade, enfin... je vous dis ça, mais je pense que ça vous semblait évident...

     

    Il était rare que je me sente isolé de tout. Ses bras qui m'enlaçaient d'une forte tendresse. Ce n'était pas de l'amour, mais autre chose. Une sensation de paix partagée. Je n'arrive pas à décrire cela, et vous le savez bien, je ne suis pas poète, je n'ai pas pour habitude de m'arrêter dans de longues métaphores. J'étais bien. Elle me mettait bien. Allongés que nous étions cette nuit, parmi les ruines de l'ancien monde. J'oubliais tout. J'avais disparu de mon monde.

     

    « Merci... »

     

    ***

     

    5 - Dame Lune

     

    J'ai réapparu tôt ce matin. Le crachin breton. Il pleut tout le temps en Bretagne.

    Personne.

    C'est bien qu'il n'y ai personne. Je dois tirer une de ses tronches.

     

    Hors des ruines, mon cheval m'attendait. Il était scellé. Bons Dieux, je dois me presser, il serait capable de me hurler dessus, vue ma tronche.

    La forêt nous attendait. Et malgré ma mine sûrement effroyable (ce qui devait expliquer les traits tordus du visage de ma monture, à ma vue) j'étais satisfait. Comme si mon manque d'amour n'était plus, qu'il avait été comblé.

     

    «The goddess in the darkness spoke
    Of days to come and empires to fall
    Awake now! From the sleep of thousand centuries
    The spell has been broken
    Your soul is free to soar »

     

    White Goddess Unveiled, Atlantean Kodex


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  • Chronique et traduction :

    Otta - Solstafir

     

    Lorsqu'un esprit avance sur son chemin, sans s'abandonner, sans chuter, sans se remettre en question malgré les incessants obstacles jonchant le sol de la tortueuse route de la vie, il évolue indubitablement. Murir n'a jamais été une vérité psychologique, mais seulement l'aboutissement d'un Voyage Initiatique Spirituel avant tout personnel. Dans le monde des arts - surtout ceux de la musique, de la création plastique (sous toutes formes) et de la littérature – on ne peut fermer les yeux sur l'évolution de tous artistes confondus. Et Solstafir a atteint ce stade d'évolution où sa propre mue l'a transformé en une autre entité spirituelle. L'intimisme d'un leader dans un groupe aide grandement à sa richesse musicale – chose que Nightwish a bien comprit – Mais qu'en est-il de l'intimisme de tous les membres d'un groupe réunie en une œuvre musicale ? Solstafir faisait partie de ces groupes qui nous peignaient dans son passé des fabuleux paysages vikings, mais qui, avec leur dernier opus « Otta », regarde vers l'avant sous une atmosphère nouvelle. La folie d'antan n'est plus, laissant place aux questionnements des limbes du temps écorchant la vie de tous êtres. Ainsi, la mélancolie, la peur, l'évasion prend place au sein de Solstafir. Dans ce dernier opus, tous les éléments traités sur les morceaux sont liés à un même mot maître du jeu : « Otta » qui signifie en islandais « La peur », « La crainte », le tout mêlé à un ancien système de mesure du temps constituant une journée en huit étapes – Un album en huit morceaux.

     

    [Traduction / Chronique] Otta - Solstafir

    Dès le début, « Lagnaetti » démarre au plus calme, nous laissant le temps de nous immerger dans cette nouvelle atmosphère, ambiance glaciale. Car oui, « Lagnaetti » est un morceau glacial, évoquant la solitude, mais aussi la fraicheur matinale. Ce moment où la journée se réveille tout en restant sous le ciel nocturne. Pourtant, « Lagnaetti » s'accélère pour devenir une sorte d'apothéose, il finit par nous réchauffer, pour mieux nous introduire dans ce nouvel paysage musical islandais. Arrive la deuxième partie de la journée islandaise, « Otta », titre éponyme de l'album, mais aussi celui qui lie le désespoir évoqué sur les autres morceaux, et pour définir cela, les instruments jouent parfaitement leur rôle, entre un chant puissant tout en restant calme, exprimant la mélancolie, avec les échos lointains de violons accablant la tristesse, jusqu'à dessiner les brumes islandaises de la tristesse. Mais enfin, le jour se lève avec « Rismal », morceau très grave tout comme la désolation spirituel, la dépression exprimé en ce morceau. « Rismal » hurle sa ruine par de sonorités puissantes, étouffées et agressives, pourtant « Rismal » s'introduit dans un murmure silencieux, presque étouffé. Non, ce qui est agressif dans « Rismal » c'est la hurlante solitude interprétée par les puissants riffs de guitares faisant échos et réponses aux chants mélancoliques d'Addi. Le chanteur murmure, se lamente, et les guitares hurlent, et se lamentent aussi. Cette solitude se maintient avec la quatrième étape de la journée, « Dagmal », qui réchauffe l'île d'Islande par des sonorités plus rapides, puissantes, et un chant qui ne murmure plus, mais qui s'exclame en haut de la falaise bercée par la brume. La cinquième étape de la journée, « Middegi », s'assume encore plus, Addi hurle, et les instruments aussi. Tout se marie pour hurler la peine, les craintes et la souffrance. On veut se battre contre Otta. On veut continuer à avancer, et l'agressivité sonore de ce titre Post-rock fait trembler le chemin. « Non » annonce la fin de la journée islandaise. Le titre est plus long et plus soutenue, et la mélancolie perdure, la résonnance des précédents morceaux se tient mais elle s'adoucie. Puis enfin, la nuit tombe, la journée islandaise arrive bientôt à la fin, « Midaftann » nous l'illustre fabuleusement avec son introduction apaisante, nous laissant contempler le crépuscule islandais. Le soleil se couche, la bataille contre la mélancolie s'apaise. On murmure à nouveau, car on a pris conscience de certaines choses en nous. Et pourtant, la mélancolie perdure, encore et toujours, comme s'il s'agissait du reflet de notre ombre, ou alors, notre ombre elle-même. Le piano reflète cette sinistre mélancolie, mais il dessine une mélancolie plus adoucie, moins violente. Puisqu'Addi chante avec la mélancolie, est-il devenu lui-même la mélancolie ? Possible, son chant lointain est si puissant et calme qu'il exprime une tristesse assumée, intimiste, et cette fois-ci, les violons s'assument bien plus. Ils ne se cachent plus, ils sont en première ligne afin de nous affirmer qu'Otta règne encore en maître, et a pris possession de sa proie, à moins que cela ne soit l'inverse ?

    Enfin, la nuit est tombée... « Nattmal » nous plonge dans l'aveuglement de la nuit, on se sent encore plus perdu, et pourtant, on ne panique pas, on reste calme, posé, mais quelque chose a changé en nous. Ce morceau est le plus long de l'album, et le tout dernier, son apothéose. Il assemble tout ce qui a été évoqué, travaillé, traité tout au long de la journée. Le groupe s'assume enfin sur un chemin brumeux, au milieu de l'île. Quittant sa folie d'antan, il fixe l'horizon, à la recherche d'un but lui étant propre. « Otta » reste ainsi l'aboutissement d'une carrière sans en être sa fin. L'album tourne définitivement une nouvelle page pour le groupe, un nouveau chemin se dresse devant lui. A présent, les paysages de son Voyage Initiatique Spirituel lui permettent de vagabonder vers les contrées silencieuses où leurs hurlements de peines s'étoufferont dans les secrets de l'atmosphère mélancolique de l'île. Solstafir a su évoluer avec Otta, et une voie remplie de mélancolies, de désespoirs, de peurs et d'incertitudes. Qui donc peut savoir où ce chemin mènera le groupe ? Personne ni même Solstafir ne peut le savoir. Le groupe avait besoin de paysages où hurler sa peine, il ne nous reste alors qu'à le suivre au bout de ce voyage sinistre. 


    Aðalbjörn Tryggvason :

    « Ces albums sont grosso-modo des albums d'amour. Ça parle de perdre des amis à cause de suicides, de drogues ou d'alcool. Ça parle de perdre des gens qu'on aime. Ça parle de trahir quelqu'un et de pardonner. Ce n'est pas très cool de dire que tu écris à propos de ce que tu traverses dans la vie, mais c'est en gros ce que nous faisons. Parfois même je n'aime pas parler de ces choses. Parfois, lorsque j'essaie de l'expliquer, ça sonne bizarre. Je n'écris pas beaucoup de paroles, j'écris uniquement lorsque je dois le faire. C'est donc très dur pour moi d'écrire des paroles. Et c'est donc encore plus dur pour moi de décrire de quoi elles parlent. »

    (Extrait de l'interview d'Addi sur le site Radio Metal )

    Lagnaetti
    (Heure Ensorcelante)

    Hvar ertu nú? Ég finn þig ekki hér.
    Où te trouves-tu à présent ? Je ne peux pas te trouver.
    Ég sit við síðu þér, hitinn enginn er.
    Je suis assis de ton côté et ta chaleur a disparu.
    En allt mun skilja við, dauðans hinsta sið.
    Toutes les choses doivent flétrir, et rencontrer la mort.
    Ég særði þig og sveik, í mínum ljóta leik.
    Je t'ai blessé et trahi, avec mon mauvais jeu.
    Verðið er svo hátt, með hjartað upp á gátt.
    Le prix est top haut, lorsque ton coeur s'ouvre entièrement.
    Hið beiska heiftarþel, mig sjálfan ávallt kvel.
    L'esprit de plus en plus rancunier, je me tourmente en permanence.
    Í dauðans grimmu kló, á strenginn sorgin hjó.
    Dans la mâchoire cruelle de la mort, le chagrin a frappé.
    Nú þegar sakna þín og kveð þig ástin mín.
    J'ai vraiment besoin de toi et de t'offrir un adieu, mon amour.
    Ég reyni að standa beinn, en veit ég enda einn.
    J'essai de tenir debout, sachant que je finirai seul.
    Því að hatrið svarta í hjörtunum er drottinn vor,
    Car la haine noire dans nos coeurs est notre seigneur.
    Lífsins forði fallinn er í dá.
    La réserve de vie est tombée en transe.
    Uppgjöfin alegr, baráttan dó, á hnjánum krýp ég nú.
    Abandon total, la bataille est perdue, je me retrouve sur mes genoux.
    Á hnífsblaði dansa valtur og sár.
    Dansant sur une lame, boitant et blessé.

     

    Otta
    (Peur)

    Þú valdir þennan veg,
    Tu choisis ton chemin.
    Þér fannst hann vinur þinn.
    Tu pensais qu'il était ton ami.
    Þú klappar mér á kinn,
    Tu tapes ma joue.
    Hnífunum stingur inn.
    Y poignarde par des couteaux.
    Við ótta ég nú sef,
    Avec effroi, je dors à présent.
    Ég ekkert lengur gef.
    Je ne donne plus.
    Ég taldi þig minn frið,
    Je pensais que tu étais ma paix.
    En varðst að illum sið.
    Mais tu t'es tourné vers une mauvaise foi.

     

    Rismal

     

    Svarthvítur í huga mér
    Du noir et blanc dans mon âme.
    altaf er vetur hér.
    L'hiver toujours là.
    Hvar eru litir norðursumars,
    Où sont les couleurs de l'été du Nord,
    æskublóm sakleysis?
    La jeunesse, l'innocence ?
    Eru Draumar bernskunnar
    Les rêves de l'enfance,
    nú uppi dagaðir?
    Les jours se lèvent-ils à présent ?
    Já erfitt er að halda í
    Oui, il est difficile de garder,
    lífsins sumarnón.
    La vie.
    Formúlur ljóss ég rita
    Les formules de la lumière que j'écris,
    í blárri skímunni.
    Dans la projection bleue.
    Bakkus mér nú býður í
    Bacchus m'offre à présent,
    skuggabræðra boð.
    Dans les ombres, l'invitation des frères.
    Brestur í gömlum þökum.
    La chute des vieux plafonds.
    Heyrirðu stormsins nið?
    Entends-tu la voix de la tempête ?
    Hjartarætur fylltar kuli,
    Le coeur se remplit-il ?
    svo langt í vorboðann.
    Si loin.
    Milli óttu og árs dagsmáls
    Entre l'interval et l'issue,
    sofa mannanna börn
    Dorment les enfants des hommes,
    og mávagarg bergmálar
    Et retentissent les échos des mouettes,
    yfir Reykjavíkurborg.
    La cité de Reykjavik

    Dagmal

     

    Dauðans harða Lágnætti
    Dure mort lors d'une nuit ensorcelante
    sveipar heiminn myrkum hjúpi í nótt.
    Monde le plus couvert encapsulé dans une sombre nuit.
    Og við hverfum öll á braut,
    Ainsi que les quartiers au plus lointain.
    eitt og eitt í myrkrinu í nótt.
    Chacun son tour s'en va dans la nuit sombre.
    Blása vindar fortíðar,
    Les vents du passé soufflent,
    að gráum himni bera mig í nótt.
    Le ciel gris s'avance vers moi ce soir.
    Þeir syngja dauðleg nöfn okkar
    Les mortels chantent en nos noms
    eitt og eitt á himninum í nótt.
    Un à un, dans le ciel, cette nuit.
    Skammverm sólin horfin er,
    Le soleil n'est plus,
    lyftir hlífðarskildinum í nótt.
    Ce qui a levé le bouclier de la nuit.
    Vel yrktu feður tungunnar
    Et le langage de nos pères
    um ástina, sem varð úti í nótt.
    Qui ont parlé sur l'amour, les sorcières,
    Í minningunni lifir ljóst,
    Qui étaient là la nuit,
    við döpur drekkum þína skál í nótt.
    Les mémoires vivent clairement
    Á endanum öll komumst heim
    Et la triste boisson dans notre bol de nuit
    þo það verði ekki í nótt.
    Intimement, je trouverai la maison.
    Nóttin þekur,
    A travers ce qui ne sera pas ce soir,
    dauðinn tekur.
    Le nuit recouvre.
    Nótten boðar.
    La mort prend.
    dauðans snæ.
    La nuit annonce.
    En sólin vekur
    Une neige mortelle...
    lífsins blæ.
    Mais le soleil place,
    Ferð okkar tekur brátt enda
    Une teinte de vie
    og við höldum heim á leið.
    Notre voyage s'achèvera bientôt.
    Við komum til þín seinna
    Et nous sommes déterminé à retourner chez nous,
    þó það verði kannski ekki
    Nous venons à toi tardivement, cependant, peut-être pas
    í nótt.
    Dans la nuit.

    Miðdegi
    (Midi)

    Eins og dalalæðan
    Tel le rez-de-brouillard
    skreið um hlíðarnar,
    Rampant autour des collines,
    við læddumst hljótt um stræti borganna.
    Nous nous faufilons tranquillement autour des rues de la cité
    Frá óttu fram á miðjan morguninn
    De la peur jusqu'au milieu du matin
    hljóðrænt myrkur streymir um mín vit.
    L'obscurité parait comme des ruisseaux déchirés autour de mes sens
    Á dauðans vængjum svíf
    Je vole sur les ailes de la mort
    fram á rauða nótt.
    Dans une nuit rouge
    Á dauðans vængjum svíf.
    Je vole sur les ailes de la mort.
    Frá náttmáli uns dagur r´s á ný,
    De la nuit jusqu'à ce que le jour se lève à nouveau,
    með ljós í flösku fram á rauða nótt,
    Avec la lumière dans une fiole au coeur de la nuit rouge,
    við drukkum í okkur fegurðina.
    Nous avons absorbé la beauté.
    Af sárri reynslu, og bitri, vitið vex.
    De l'expérience de la douleur, et l'amertume, le savoir a augmenté
    Á dauðans vængjum svíf
    Je vole sur les ailes de la mort
    fram á rauða nótt.
    Dans la nuit rouge.
    Á dauðans vængjum svíf.
    Je vole sur les ailes de la mort.

    Miðaftann


    Nú er ég kominn heim
    A présent, je suis de retour,
    eftir ferðalag um höfin djúp.
    Suite à ce voyage sur les profondes mers.
    Aldan var svo há,
    La vague était si haute,
    seltan át upp allt.
    Sa salinité à mangé tout ce qui se trouvait à la surface.
    Ég drukknaði í svartholi,
    Noyé dans un trou noir,
    í dauðans hönd ég tók.
    Pris dans cette main meurtrière.
    Svo há, hún var svo há,
    Si haute, elle était si haute...
    en tunglið lýsti leið, já tunglið há,
    Mais la lune m'a montré le chemin, la lune si haute dans le ciel.
    en tunglið lýsti leið, já tunglið lýsti leið.
    Mais la lune m'a montré le chemin, oui la lune m'a montré le chemin.
    Svo há, svo há, alda syndanna, alda syndanna.
    Si haute, si haute, la vague des pêchés, la vague des pêchés.
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  • Chroniques, traduction et interprétation :

    With Doom We Come - Summoning

    [Traduction] With Doom We Come - Summoning

    A propos :

    Nous sommes dans une époque unique : une époque où le spectateur n'a jamais été à ce point gavé de créativités. Cela le conduit à ne plus les considérer comme telles. D'autant plus que nous vivons dans une société au rythme effréné. Gavés d'images, de sons, de pensées, de textes... Nous ne pouvons plus nous permettre de prendre le temps d'assimiler pleinement chacune des oeuvres que l'on croise dans notre chemin de vie. C'est là qu'est le problème : Chaque oeuvre, je pense, a besoin d'un certain temps pour être pleinement explorée. C'est le cas dans tous les milieux artistiques, et bien entendu, la musique n'échappe pas à cette règle. A tort, nous rejetons des nouvelles créations car elles ne correspondent pas à nos attentes. Le problème est que nous n'avons rien à attendre d'un artiste qui créé avant tout pour lui, puisque son art doit en premier lieu le convaincre en fonction de son train de vie. C'est là tout le problème de la chose. Et c'est là tout le problème que beaucoup de gens ont eu avec le dernier album de Summoning.

    Tout le monde s'attendait à ce que "With Doom We Come" soit la suite de "Old Mornings Dawn". Et on ne va pas se mentir, le label allait dans ce sens (pour la pub, c'est mieux à partir d'un produit qui a bien marché...). Mais qu'en était-il du groupe ? Je ne me souviens pas avoir vu Summoning expliquer en quoi "With Doom We Come" se voyait être la continuité de "Old Mornings Dawn". Au contraire, ayant lu une de leur récente interview où ils avaient déjà commencé le travail sur cet album, les deux comparses faisaient clairement comprendre qu'il allait être partagé entre les anciens disques et les plus récents en utilisant le même matériel que pour "Old Mornings Dawn". "With Doom We Come" ne se voyait déjà pas du tout comme une évolution musicale sur les bases de "Old Mornings Dawn", bien au contraire, le duo oeuvrait plus pour un retour aux sources.

    "With Doom We Come" est un album à l'image de son titre, cela se caractérise par ses ambiances musicales et surtout les thématiques lyriques forgeant les piliers de son univers. Comme a son habitude, Summoning reprend comme avatar des grandes figures de l'univers de Tolkien. Ces figures peuvent être soi des personnages ou des lieux importants de l'univers d'Arda. 

    Cette fois-ci, c'est sur une note plus mélancolique que se tourne l'album. La thématique principale semble être celle de la solitude, de l'écart que l'on éprouve envers son quotidien et notamment de cette volonté à vouloir retrouver nos racines. Les titres "Herumor", "Night Fell Behind" et "Mirklands" représentent clairement cette idée, sans oublier la conclusion "With Doom I Come" qui interprète un poème de Tolkien narrant l'arrivée de Melkor sur les Terres du Milieu avec sa conviction d'y mettre fin à l'amour, la lumière et la joie en y apportant sa malédiction. Un album sombre, donc ? Pas tout à fait, selon moi. Car les titres "Tar-Calion", "Silvertine" mais aussi "Mirklands" nous plongent dans ces atmosphères de voyages, de paysages sensationnels et ainsi, explorent l'idée de se réconcilier avec soi-même en explorant les vestiges des anciens mondes ("Tar-Calion"évoque un des seigneurs de l'île de Numénor, l'Atlantide de l'univers de Tolkien) et des paysages sauvages spectaculaires ("Silvertine" sont des grandes montagnes où le tient la tour de Durin, là où Gandalf affronte le Balrog). Le groupe se veut retourner à ses propres sources, retrouver ce qui l'a constitué à son aube et ce en utilisant les éléments nouveaux qu'ils ont acquis jusque-là. C'est donc un véritable travail archéologique sur son propre passé que nous livre Summoning avec "With Doom We Come", mais c'est un album symbolisant la hantise que traverse les deux comparses. Oui, la hantise, celle de la solitude, celle de la sensation d'être abandonnée, négligée par son propre entourage. C'est déjà cette même thématique que le groupe avait magistralement oeuvré avec le titre spectaculaire "Caradhras". 

    Comme écrit plus haut, Summoning a la particularité d'utiliser les grandes figures de l'univers féerique de Tolkien comme avatars manifestants leurs propres questionnements. Le groupe se confie lui-même en se personnifiant avec ces personnalités et paysages de l'écrivain britannique. Par exemple, "Herumor" est un seigneur Homme ayant rejoins le côté du Mal, mais le texte de la chanson sont ceux du poème "Alone" d'Edgar Allan Poe. L'idée de la solitude est clairement représentée dans ce morceau, et le fait de lier le poème de Poe au personnage de Tolkien avec une composition musicale profondément mélancolique, nous livre un résultat particulièrement touchant. L'émotion que livre Summoning dans ce morceau est absolument impressionnante, on ne peut pas rejeter le fait que le groupe ressente fortement une certaine solitude dans son quotidien pour parvenir à un créer un tel chef-d'oeuvre. On a tendance à considérer que Summoning ne se base que sur l'univers de Tolkien, ce qui est faux, car le groupe interprète aussi des poèmes de philosophes et artistes divers, comme on peut le voir sur "With Doom We Come" où autre que Poe, les auteurs  Ralph Waldo Emerson et William Motherwell voient aussi leurs textes interprétés musicalement par le groupe.

    "With Doom We Come" est un album à la hauteur de la carrière du groupe. Un album à la fois mélancolique, épique, et surtout grandiose. Une fois de plus, le groupe nous propose un grand voyage dans l'imaginaire et le témoignage de grandes figures de la littérature en interprétant des textes aux thématiques et poésies fortes et sensationnelles. Avec le Mal, ils sont Venus, laissant une éternelle vallée où convergent mille sentiers sur lesquels nous oeuvrons pour tracer notre propre voyage.

     

    Tar-Calion

    (instrumental)

     

    Dernier roi de Nùmenor. Orgueilleux et ambitieux, il devint roi en épousant contre son gré la femme de Tar-Palantir (précédent roi), transgressant ainsi les lois de Nùmenor. Sa gloire devînt de loin supérieure à celle des autres rois de Nùmenor. Aveuglée par son ambition sans limite, Tar-Calion tenta d'envahir les Terres du Milieu. Suites à quelques péripéties et trahisons, le roi finit par être ensorcelé par Sauron et devint un de ses serviteurs. Oeuvrant alors contre les Valars, ces derniers firent appel à Illuvatar afin d'engloutir Nùmenor.

     

    Silvertine

    Silvertine ("Pic d'Argent" en Français) est la plus importante des trois Montagnes de Brume dans l'univers de Tolkien. à son sommet se trouve la tour de Durin où l'on accède par l'Escalier Sans Fin. Dans l'ouvrage "Le Seigneur des Anneaux - Livre II", c'est à cet endroit où Gandalf affonte le Balrog de la Moria.

    High on the mountains highest ridge
    Au sommet de la plus haute crête des montagnes
    Where oft the stormy winter gale
    Où souvent le vent d'hiver orageux
    Cuts life a scythe, while through the clouds
    tranche la vie par sa faux, alors qu'à travers les nuages
    It sweeps from vale to vale;
    il balaie de vallée en vallée ;
    Not five yards from the mountain path,
    Pas à cinq yards du chemin de la montagne,
    Silvertine you on the left espy;
    Tu distingues Pic d'Argent sur la gauche ;
    And to the left, three yards beyond,
    Et à gauche, au-delà trois yards
    You see a little muddy pound.
    Tu aperçois un petit étang boueux.

    I looked around, I thought I saw
    J'ai regardé alentour, je pensais avoir vu
    A jutting crag, and off I ran,
    Une crête en saillie, et j'ai couru,
    Head-foremost, through the driving rain,
    la tête en avant, à travers la pluie battante,
    The shelter of the crag to gain;
    Afin de gagner l'abri de la crête :
    And, as I am a man,
    Et, puisque je suis un homme,
    Instead a jutting crag, I found
    Au lieu d'une crête en saillie, j'ai trouvé
    Durins tower up from the ground...
    La tour de Durin s'élever de la terre..

     

    Carcharoth

     

    Dans l'univers fantastique de Tolkien, Carcharoth est le plus grand loup-garou au service de Morgoth. En sindarin, son nom signifie "Mâchoire Rouge" et ce nom vient du fait que Morgoth le nourrissait avec de la chair fraîche d'hommes et elfes prisonniers. 
    Carcharoth garde avec d'autres loup-garous les portes d'Angband 
    Dans l'oeuvre "Le Silmarillion", lorsque Beren et Luthien se rendent à Angband pour récupérer les silmarils, Luthien endort Carcharoth. Mais, au moment où ils s'échappent de la forteresse, Carcharoth se réveillent et dévore la main de Beren dans laquelle il tenait un silmaril. Avalant alors le précieux joyau, ce dernier le brûle tellement que le loup-garou en devint fou et s'enfuit d'Angband. (depuis, il est aussi appelé Anfauglir, ce qui signifie "Mâchoire de la Soif" en référence au feu éternel du silmaril qui brûle dans ses entrailles). Ainsi, Carcharoth se retrouve à errer aux frontières du Doriath. 
    Bien plus tard, le seigneur elfe Thingol organise une grande chasse sur ces contrées du Doriath. C'est là que Carcharoth blesse mortellement Beren mais se fait tuer par le chien Huan, avant que ce dernier ne succombe lui aussi de ses blessures. En ouvrant les entrailles du loup-garou, l'elfe Mablung récupère le silmaril.

    Upon the threshold, watchful, dire,
    Il se tient sur le seuil, vigilant, terrible,
    His eyes new-kindled with dull fire,
    Avec ses yeux allumés par le feu terne,
    His teeth were bare, his tongue aflame,
    Ses crocs étaient nus, et sa langue enflammée, 
    Aroused he watched that no one came,
    Stimulé, il observait si personne qui était venu

    No flitting shade nor hunted shape,
    Ni ombre volante, ni forme chassée
    Seeling from Angband to escape.
    cherchait à s'échapper d'Angband.
    Now past that guard what guile or might
    Désormais est parti le garde qui était rusé ou puissant
    Could thrust from all death into the light.
    Il pouvait tous les faire passer de la mort à la lumière

    As gleam of swords in fire there flashed
    Comme la lueur des épées dans le feu, il a brillé
    The fangs of Carcharoth, and crashed
    Les crocs de Carcharoth, et s'est écrasé
    Together like a trap, and tore
    Ces épées se sont renfermées comme un piège, et l'ont déchiré
    His hand about the wrist, and shore
    Sa main sur le poignet, et la rive

    Herumor

     

    Dans le monde littéraire fantastique de Tolkien, Herumor était un seigneur homme, Numénorien Noir, tourné vers le mal. Il avait fait de son peuple une civilisation cruelle et redoutée lors du Second Age. Avec Fuinur, autre seigneur Numénorien Noir, il rejoint les Haradrims et se rallie à Sauron.

    Ce texte est inspiré du poème "Alone" d'Edgar Allan Poe.

    From every depth of good and ill
    De toutes les profondeurs du bien et du mal
    The mystery which binds me still:
    Le mystère me lie encore :
    From the torrent, or the fountain,
    Du torrent, ou de la fontaine
    From the red cliff of the mountain,
    De la falaise rouge de la montagne,

    From the sun that round me rolled
    Du soleil qui m'a enlacé
    In its autumn tint of gold,
    Dans sa teinte d'Automne doré,
    From the lightning in the sky
    De l'illumination céleste
    As it passed me flying by,
    Il m'a dépassé en s'envolant,

    From the thunder and the storm,
    De la foudre et la tempête,
    And the cloud that took the form
    Et du nuage qui a pris forme
    From the same source I have not taken
    De ce même source que je n'ai pas puisée
    My sorrow; I could not awaken
    Ma souffrance, je ne pouvais pas me réveiller
    My heart to joy at the same tone;
    Mon coeur jouit du même ton ;
    And all I loved, I loved alone.
    Et tout ce que j'ai aimé, je l'ai aimé seul

    On the brink of the abyss
    Sur le seuil de l'abîme
    with a blindfold tied tight
    aveuglé par un bandeau serré
    should I step into the mist
    devrais-je marcher dans la brume
    or retreat back to the light?
    ou essayer de revenir vers la lumière ?

    I don't know what is in there
    Je ne sais pas ce qu'il y a là
    whether it be ground or a fall
    s'il s'agit d'une croissance ou d'une chute
    I don't know if I shall dare
    Je ne sais pas si j'oserai
    to take the step and risk it all...
    faire un pas et tout risquer...

     

    Night Fell Behind

     

    Il s'agit de la deuxième partie du poème "The Cavalier's Song" de William Motherwell, poète et journaliste écossais.

    Then mounte! Then mounte, brave gallants, all,
    Alors montez ! Alors montez, braves galants, tous,
    And don your helmes amaine:
    Et revêtez vos casques de fer :
    Deathes couriers, fame and honor, call
    La mort, la gloire et l'honneur, nous appellent, 
    Us to the field again.
    Une fois de plus sur les champs de batailles.

    No shrewish tears shall fill our eye
    Aucune crainte ne doit remplir nos yeux
    When the sword hilts in our hand,
    Lorsque la garde de l'épée est dans notre main,
    Heart-whole well part and no white sighe
    C'est avec le coeur fier que nous nous séparions
    For the fairest of the land;
    Pour la justice sur nos terres ;

    Let piping swaine, and craven wight,
    Que la pluie s'abatte et que la créature soit lâchée
    thus wheepe and puling crye
    Ainsi, pleurez et hurlez
    Our business is like men to fight,
    Notre activité ressemble au combat des hommes,
    And hero like to die!
    Et le héros aime mourir !


    Mirklands

     

    Ce morceau interprète trois strophes du poème "Good-bye" composé par le poète et philosophe américain Ralph Waldo Emerson (1803-1882). Ce poème témoigne de sa distance par rapport à l'ordre établi de son époque.

    Good bye, proud world! I'm going home,
    Au revoir, fier monde ! Je retourne chez moi,
    Thou 'rt not my friend, and I'm not thine;
    Tu n'es pas mon ami, et je ne suis pas le tien ;
    Long through thy weary crowds I roam;
    Depuis longtemps, j'erre dans tes peuples fatigués ;
    Long I've been tossed like the driven foam,
    J'ai longtemps été jeté comme de la moisissure,
    But now, proud world! I'm going home.
    Mais désormais, fier monde ! Je retourne chez moi.

    I am going to my own hearth stone
    Je retourne vers ma propre chaumine
    Bosomed in yon green hills, alone,
    Caché dans ces collines verdoyantes, solitaire,
    A secret nook in a pleasant land,
    Un recoin secret dans un doux paysage,
    Whose groves the frolic fairies planned
    Là où les fées ont prévu de gambader dans les bosquets

    Good-bye to Flattery's fawning face,
    Adieu au visage servile de la Flatterie,
    To Grandeur, with his wise grimace,
    A la Grandeur, avec sa sage grimace,
    To frozen hearts, and hasting feet,
    Aux coeurs gelés, et aux pieds qui se hâtent,
    To those who go, and those who come,
    A ceux qui s'en vont, et ceux qui sont venus,
    Good-bye, proud world, I'm going home.
    Au revoir, fier monde ! Je retourne chez moi.

     

    With Doom I Come

     

    Ce morceau concerne l'oeuvre littéraire "Le Silmarillion" de Tolkien. Il s'oriente sur l'épisode de l'arrivée de Morgoth sur les terres des mortels. Morgoth étant un Ainur (dieu) frère de Manvë mais qui avait le désir ardent de forger le monde des mortels a sa propre manière. Chassé des autres dieux, il s'installa en Beleriand, dans la forteresse d'Angband, où il mena une longue et terrible guerre afin d'anéantir la lumière (incarnée par les silmarils, joyaux fabuleux créés par l'elfe Faenor) qui était une création elfique qu'il répugnait par-dessus tout.
    Ce morceau évoque ainsi son arrivée sur le monde des mortels et l'effroyable malédiction qu'il a jura d'y déverser.

    And shadowy shapes did stare and roam
    Et les formes ombreuses observent et errent
    Beneath the dark and starry dome
    Sous le dôme sombre et étoilé
    That hung above the dawn of Earth
    Qui pendait au-dessus de l'aube de la Terre
    And shaken it with silver mirth
    Et elles l'ont ébranlé avec une hilarité argentée

    In later days when Morgoth first
    Dans les derniers jours, lorsque Morgoth a d'abord
    Fleeing the Gods, their bondage burst
    Fui les Dieux, leur servitude sur lui a éclaté
    And on the mortal lands set feet
    Et il a posé les pieds sur les terres mortelles
    Far in the north on his mighty seat
    Loin au Nord, sur son puissant trône

    There once, and long and long ago
    Il était une fois, et c'était il y a fort longtemps
    Before the sun and moon we know
    Jadis, nous savons que le soleil et la lune
    Were lit to sail above the world
    Etaient allumés pour guider la navigation sur le monde
    When first the shaggy woods unfurled
    Lorsque les bois broussailleux étaient les premiers à dévoiler les sentiers

    Death to light, to law, to love
    Mort à la lumière, à la justice, à l'amour
    Cursed be moon and stars and stars above
    Maudites seront lune et étoiles
    May darkness everlasting old
    Que les ténèbres éternelles
    Drown Manwë, Varda and the shining sun
    S'abattent sur Manwë, Varda et le soleil lumineux




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  • 1 - Horizons

    Il y a ces souvenirs...

    Il y a ces étranges visions, des tableaux qui me sont apparus il y a si longtemps...

    Ces images qui me reviennent, elles sont des fragments de rêves, de toute évidence...

    En temps normal, je ne prête pas du tout attention au monde onirique. Je sais que les rêves sont le fruit de notre inconscient et je ne crois pas qu'ils nous livrent des clés sur notre vie passée, présente ou future. Je pense au contraire que c'est notre esprit, ou notre cerveau, qui subit tout comme nous la fatigue et se perd dans la confusion en lisant des images quelconques n'ayant pas vraiment de rapport envers moi-même, ou mes objectifs.

    Mais depuis peu, les mêmes images que j'ai eu il y a si longtemps me sont réapparues. D'abord, il y a ce rêve si étrange, d'une maison en ruine resurgissant au milieu d'un lac, avec un cygne à sa droite, et un Saule Pleureur à sa gauche, lui aussi surgissant des eaux brumeuses du lac. Plus jeune, je trouvais ce rêve poétique, mais honnêtement, je ne cherchais pas à me poser des questions sur les raisons de ces rêves. Je pensais seulement à cette image, ça m'aidait à me détendre.

    Puis, il y a ce rêve, tout aussi reposant mais... d'une autre façon. Il est bien plus sombre, mais paradoxalement, il est celui qui me vide le plus de mes angoisses, de mes remises en questions. Il me détend autrement. Ce rêve s'illustre au pieds d'une falaise, à son sommet, parmi les hautes herbes un inquiétant cheval noir m'observe, puis une autre image survient ; le cheval noir galope dans le crépuscule d'une prairie en direction de quelques vestiges -j'ignore s'il s'agit d'une maison ou d'un simple mur-. Puis au lointain, j'entends les douces mélodies d'un violon répondant à la oie d'une cornemuse. Le bruit du galop achève la chanson.

    Ces deux images me sont revenues en rêves depuis que j'ai été banni du Royaume.

    Ce dernier mois, tout a changé si vite. Mon associé a disparu lorsque les soldats ont mis ma maison à saque. La fureur de la reine ne se manifeste pas à moitié, je n'ai pas pu prendre le temps de faire mes adieux à mes amis.

    Depuis, je suis suivi par ces images, ces étranges tableaux oniriques qui sont revenus avec leur lot de mystères. 

    Mais bon, je ne vais pas rester là à me hanter de questions sur ces images qui, elles au moins, ne me tracassent pas, bien au contraire. Leurs ambiances me détendent, elles ont au moins ce mérite, à l'inverse de ces questions futiles qui s'accumulent péniblement dans mon esprit.

    Un nouveau monde se dresse devant moi, désormais : Doggerland est son nom. C'est ici qu'un nouveau chapitre de ma vie s'écrira.

    Mais pour mon voyage, il va à tout prix falloir que je retrouve mon associé, cela m'angoisse de ne pas savoir ce qu'il est advenu de lui. 

     


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  • La Ferme du Tiid-Ahraan

     

    La Ferme du Tiid-Ahraan

    ça commence sérieusement à devenir inquiétant, toute cette histoire...

     

    Pourtant, la journée aurait du être paisible, sans trop de travail, ni une météo trop capricieuse. Je n'avais qu'à labourer le champ longeant la ferme, mais ce lutin s'est introduit dans mon simple quotidien comme un défaut d'impression au beau milieu d'un livre. Il suivait la charrue en empruntant les sillons laissés par celle-ci. Néanmoins, il semblait craintif, dès que je me retournais et stoppais la charrue, il s'arrêta de même en tentant de se cacher au mieux. Au début, c'était amusant, mais croyez-moi, là, je ne m'amuse absolument plus du tout...

    La Ferme du Tiid-Ahraan

    Le lutin a continué son manège durant toute le labourage du champ. Puis, une fois revenu à la cours de la ferme pour ranger la charrue et ramener les chevaux au champ plus bas dans la vallée, je l'ai aperçu se cacher derrière un vieux chêne de la cours sous lequel était placé un étrange monticule de pierres. Oui, étrange, car ce monticule n'a pas vraiment d'utilité pour une ferme et lors de l'achat de celle-ci, l'ancien propriétaire ne m'en avait pas fait part. De toute façon, je ne vois pas quoi dire sur un tas de pierre. Pourtant, à mon retour à la cours, un grand trou avait été creusé sous le monticule qui fut quelque peu démonté. En y allant voir de plus près, je fis la découverte d'une ardoise cassée sur laquelle étaient écrites verticalement ces inscriptions « IEN 943 ». La cassure de l'ardoise empêchait coupait devant le « I » et plus bas le « 9 ». Il m'est impossible de comprendre de quoi il s'agit. Face à cette étonnante mise en scène, je dois vous admettre que j'ai commencé à prendre un peu peur. Les cambriolages sont fréquents dans cette dure période d'après-guerre, et on ne peut pas dire que les forces de l'ordre soit si nombreuses en pleine campagne... C'est dans cette ambiance d'inquiétude que je m'arma de mon fusil de chasse avant de débuter la traque.

    La Ferme du Tiid-Ahraan

    ***

     

    Rien.

    Absolument rien...

     

    Mais quelqu'un a bien retourné la terre sous le chêne, non !? Je n'ai pas encore de chien et je vis actuellement seul dans la ferme. Il y a quelqu'un d'autre ici ! Il doit y avoir quelqu'un d'autre !! Bon, je pense que je me pose des questions inutilement... Le labourage du champ était long et épuisant, le crépuscule tombe déjà, je doit rentrer pour me reposer avec un bon Calva, ça devrait me calmer...

    La Ferme du Tiid-Ahraan

    ***

     

    Je n'ai même pas entendu la bouteille de Calva se briser tellement je suis stupéfait de voir ça, par la fenêtre du salon : Un énorme molosse noir vient de surgir lentement de derrière le vieux chêne. Seigneur, il est énorme et ses yeux rouges sont si luisants... Mais bordel qu'est-ce qu'il se passe ici ? Ses massives pattes avant sont pleine de terre, c'est donc lui qui a creusé sous le chêne !

    Après un instant pour remettre mes idées en place et reprendre mon souffle, je m'équipa de nouveau de mon fusil. Mais il me fallait être prudent, vu la taille du loup, je ne pouvais pas simplement sortir dehors et lui tirer dessus, puisqu'il m'observe et s'apprête à bondir à tout moment.

     

    Ah non, le voilà qu'il s'avance lentement devant la fenêtre du salon. Est-il vraiment dangereux ? Il ne grogne pas et ne montre pas ses crocs. Tout innocemment, il s'avance vers moi avec cette impression que la nuit totale approche au fur et à mesure qu'il s'approche de moi. Le monstrueux loup noir aux yeux rouge feu est déjà sous la fenêtre, le regard toujours fixé sur le mien. Puis, paralysé par la peur de ce qui se déroule devant moi, je lève ma tête, et pourtant, je fixe toujours ses yeux rouges luisants.

    La Ferme du Tiid-Ahraan

    Le molosse noir était debout, appuyé sur ses deux pattes arrières.

    Et cette foi-ci, les traits sur son museau et autour de ses yeux flamboyants se durcirent, et sa gueule était belle et bien ouverte...

     

    D'un simple instant, la peur prit le dessus sur moi. D'un bond en arrière, le fusil pointé sur le monstre, pas un seul moment de réflexion, le coup partit... La fenêtre vola en mille éclats puis le silence s'imposa immédiatement. Mes esprits mirent plus de temps à revenir, mais lentement, toujours l'arme pointé en avant, je m'avança à nouveau, approchant le regard vers la cours, à travers la fenêtre éclatée.

     

    Rien.

    Absolument rien...

     

    ***

     

    Le lendemain matin, je fis une étonnante découverte dans le champ longeant la ferme. Le lutin était revenu dans les sillons. Mais cette fois-ci, il ne se cachait plus.

     

    Il était mort.

    Transpercé par une balle.

    La Ferme du Tiid-Ahraan

     


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